Titre
original : Nove noites
Traduction
de Geneviève Leibrich
(Éditions
Métailié, 2005)
Bernardo
Carvalho est un journaliste et écrivain brésilien né en 1960. Dans
ce livre où se mêlent la fiction, l'enquête et les souvenirs, il
tente de comprendre ce qui amena l'anthropologue nord-américain
Buell Quain, en 1939, alors qu'il était seulement âgé de 27 ans, à
se suicider. Cette mort tragique survient alors que Buell Quain mène
une enquête de terrain auprès des Indiens Kraho de l'Amazonie
brésilienne. Le livre propose une interrogation sur les motivations
de l'anthropologie, sur l'expérience de l'altérité et sur
l'impossibilité d'avoir une interprétation univoque de la réalité.
"Une des fois où il m'a parlé de ses voyages dans le monde, je lui ai demandé où il voulait en venir et il m'a dit qu'il était à la recherche d'un point de vue. Je lui ai demandé : " Pour regarder quoi ? " Il a répondu : " Un point de vue où je ne serais plus dans le champ visuel. " J'aurais pu lui dire, mais je n'en ai pas eu le courage, qu'il n'avait pas besoin d'aller si loin. Car il ne serait jamais dans son propre champ visuel, où qu'il se trouve, personne n'est jamais dans son propre champ visuel, à condition d'éviter les miroirs. J'avais parfois l'impression que, bien qu'il ait vu beaucoup de choses, il ne voyait pas ce qui était évident, et pour cette raison il pensait que les autres ne le voyaient pas lui non plus et qu'il pouvait se cacher. Je n'ai jamais parlé de ce que j'ai vu. Je vous ai attendu. Ce que j'ai entendu dire, je ne sais plus si ce sont des faits réels ou le fruit d'imaginations conjuguées, la mienne et la sienne, à commencer par les visions dont il me parlait."
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| Différents masques indigènes. Gravure de Jean-Baptiste Debret (1834-1839) |
