"Récits aztèques de la conquête"

 

Textes choisis et présentés par Georges Baudot et Tzvetan Todorov

(Editions du Seuil, 1983)


Entre 1519 et 1521, l'Empire aztèque va s'effondrer face aux troupes d'Hernán Cortés. La capitale s'appelle alors, non Mexico mais Tenochtitlan. Nombre de récits de cette conquête nous sont parvenus mais rapportés par les conquérants tel que l'Histoire véridique de la Conquête de la Nouvelle-Espagne de Bernal Díaz del Castillo. Les récits proposés dans ce recueil permettent de se rendre compte que, de leur côté, les Aztèques, qui avaient eux aussi une longue tradition narrative, ont rendu compte de ce conflit.

Les textes proposés sont scindés en deux groupes : ceux en langue nahuatl et ceux en langue espagnole qui puisent, en grande partie, aux mêmes sources. Les textes sont accompagnés d'une longue introduction et de notes qui facilitent la lecture aux non spécialistes. Ils sont illustrés de dessins figurants dans les manuscrits originaux.

Cette compilation est le fruit de la collaboration entre Georges Baudot et Tzvetan Todorov. Georges Baudot (1935-2002) était un grand spécialiste d'ethnohistoire du Mexique, de langue et de littérature nahuatl. Tzvetan Todorov (1939-2017) était un éminent sémiologue et historien des idées qui s'interrogea sur la notion d'altérité, il a notamment publié La Conquête de l'Amérique : la question de l'autre (Paris, Le Seuil, 1982). Et, justement, ce recueil constitue un témoignage précieux d'un des premiers regards extérieurs portés sur les Européens.


Aussitôt, alors, ils ont grimpé. Ils portaient dans leurs bras les parures. Une fois qu'ils eurent grimpés sur le navire, chacun à son tour a mangé-la-terre devant le Capitaine. Aussitôt, alors, ils lui ont rendu hommage, ils lui ont dit :

« Qu'il daigne nous entendre, le dieu. Voici que vient lui rendre hommage son gouverneur Motecuhzoma, celui qui a la garde de Mexico pour son service, voici ce qu'il lui dit : -Il a souffert bien des fatigues, il est las, le dieu. »  

Aussitôt, ils ont paré le Capitaine ; ils l'ont habillé du masque de serpent en turquoises ; avec lui venait l'armure de parade en plumes de quetzal : et avec elle venaient, étaient insérées, étaient suspendues, les boucles d'oreilles en serpent de jade. Et ils l'ont revêtu de la jaquette, ils l'ont habillé de la jaquette et ils l'ont paré du collier, du collier en jade tressé au milieu duquel est posé un disque d'or ; ensuite, ils ont noué à son flanc le miroir dorsal, ensuite aussi ils lui ont fait endosser le manteau que l'on nomme « un carillonneur » ; et aux pieds il lui ont noué les chapelets de jade avec des grelots en or : et ils lui ont donné, ils ont placé dans ses mains le bouclier croisé d'or et parsemé de coquillages d'or, frangé de plumes de quetzal et d'une banderole en plumes de quetzal ; et devant lui ils ont déposé les sandales d'obsidienne.

Et, alors les trois autres toilettes, les parures des dieux, ils les ont simplement rangées, ils les ont disposées en bon ordre devant lui.  

Et, une fois ainsi fait, le Capitaine a dit : « Est-ce là tout pour recevoir quelqu'un, pour approcher quelqu'un ? »


Vue de Tenochtitlan dans une fresque de Diego Rivera