« Chien et loup » d'Antônio Torres

Sertão Central, 2015

Titre original : O cachorro e o lobo

Traduit par Cécile Tricoire

(Editions Phébus, 2000)


Antônio Torres est né en 1940 dans un village du Sertão. Membre de l'Académie brésilienne des Lettres, il a reçu de nombreux prix et son œuvre est traduite dans un grand nombre de langues.

Ce roman a pour cadre, justement, un village du Nordeste, la région la plus pauvre du Brésil où le narrateur, parti comme tant d'autres pour São Paulo, revient voir son père qu'il n'a pas vu depuis vingt ans. C'est le récit plein de tendresse et d'ironie de ce retour et de ces retrouvailles.

« Le service des Haut-parleurs « La Voix du Sertão » informe : on recherche un père ivrogne, mal embouché, déshonorant – un toqué de quatre-vingts ans - pour s'offrir la cuite du siècle, la soûlerie définitive, la beuverie homérique, en franche désobéissance aux recommandations répétées d'une mère qui se ronge les sangs, de frères et sœurs souffrant de la même affliction, de tantes trop dévouées, de parents et de proches également désœuvrés, de médecins terrorisants, de bigotes pétrifiées, ah ! le pouvoir catéchistique des bigotes ! Elle sont du côté du bien, et c'est là qu'est tout le mal. Viens à moi, vieux loup égaré, surtout si tu es partant pour t'en payer une mémorable, un vraie torchée. Ensemble nous conjuguerons le verbe boire à tous les temps, à tous les modes, je bois, tu bois, nous buvons, lui et moi, père et fils, moi et lui, fils et père, comme deux cinglés, on dira des bêtises jusqu'au soir et on passera la nuit à philosopher en silence, jusqu'au petit jour. Et moi, je me sentirai dans le meilleur des mondes, en compagnie d'un père avec qui je peux me soûler la gueule tranquillement, puisque même bourré il retrouvera le chemin de la maison. »