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| Scène de maison close. Edgar Degas |
Titre original: O Risco do bordado
Traduit par Jacques Thiériot
(Métailié, 1994)
Autran Dourado (1926-2012) est un auteur brésilien né dans le Minas Gerais. Il offre avec ce roman une chronique de cette région du Brésil dans les années 1960 faite de souvenirs, de rêveries et de légendes. C'est aussi un roman de formation. Joao, le héros, passe de l'enfance à l'âge adulte et évoque les figures et les histoires qui l'ont marqué : La belle Teresinha virado, les premiers troubles de l'adolescence, son grand-père, son étrange oncle Zozimo, les drames familiaux, les bandits craints et admirés... Un récit plein de sensibilité.
"Les eaux immobiles, sombres, qui dormaient au fond de la poitrine du gamin s'agitèrent légèrement, se propageant en grands cercles, quand le silence d'anxiété et d'attente se rompit, Zito qui disait Teresinha Virado avait un peignoir de satin à ramages. Et les ondes qui s'épandaient étaient à présent lentes, chaudes, irréelles, défaillantes : les coups lents et défaillants et chauds des cloches du rêve. Une joie craintive enflamma l'âme rapetissée dans son silence d'extase. Le satin lustré (l'éclat blond qui pétillait des cheveux de Teresinha Virado) dansait attisé par le vent : voile gonflée, drapeau coloré. Et la musique en sourdine, grave et pleine, solennelle et grave (les notes longues d'un orgue dans la nef d'une église), répandait sa joie impure et pécheresse dans l'âme désemparée du gamin. Et il voyait devant lui Teresinha Virado marcher : les pas souples de danse, le peignoir lustré, les ramages bigarrés, les genoux, le bout de cuisse qui apparaissait tandis qu'elle avançait en dansant entre les nuages."
