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| Scène de torture par Alessandro Magnasco (1667-1749) |
Titre original : El furgón de los locos
Traduit par Jean-Marie Saint-Lu
(Place de éditeurs - Belfond, 2006)
Ce récit de l'Uruguayen Carlos Liscano (1949-2023) est un témoignage précieux sur l'expérience de la prison et de la torture. Prisonnier politique durant la dictature militaire (1973-1984), Carlos Liscano fut arrêté alors qu'il avait vingt-trois ans et passa plus de douze ans emprisonné.
En chapitres brefs, il énumère les moments-clés de son existence, de l'enfance au moment où il peut enfin rendre hommage à ses parents décédés. Il raconte la prison et l’exil. Le plus poignant du récit concerne l'expérience carcérale mais Liscano ne s'attarde pas sur les détails, il prend de la distance et offre une réflexion sur la torture, sur la déshumanisation qu'elle implique autant pour le torturé que pour le tortionnaire. En contrepoint, il relate les moments d'amitié et de solidarité entre prisonniers.
"La mort sous la torture n'était pas voulue par les tortionnaires, simplement ils ne faisaient rien pour l'éviter. Ils n'ont rien fait de ce qu'ils auraient pu faire. Ils ont tué qui ils voulaient, d'une balle, ou ils l'ont jeté dans le fleuve, ou du haut d'une terrasse. Peu importe la manière, ils ont tué ces personnes parce qu'ils avaient décidé de les tuer. Mais la mort sous la torture n'était pas planifiée. Cela ne leur enlève pas leur responsabilité, ne diminue pas leur faute. Ils ont toujours eu à disposition un corps médical qui leur disait jusqu'où ils pouvaient aller, quand il fallait cesser et laisser reposer le détenu. Mais le tortionnaire ne consulte pas le médecin avant de commencer son travail. Il ne demande pas non plus au détenu si la torture est "contre-indiquée" pour lui. Cela ne fait pas partie de la déontologie du métier. La mort sous la torture n'arrive pas par hasard, mais à cause de la brutalité, et de la négligence, du tortionnaire, de ces chefs, des médecins. Les médecins militaires ne sont pas formés dans les casernes, ils sont formés à l'université. On pourrait se demander comment la même université qui forme les médecins qui meurent sous la torture forme ceux qui aident à torturer."
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